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	<title>L&#039;Expression Calligraphe</title>
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		<title>ZANKYOU</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Dec 2009 07:38:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Natsou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce jour, Priscille vient de mettre en ligne un bel article concernant mon travail&#8230;

http://www.zankyou.com/fr/magazine/p/faire-part-mariage-menu-calligraphie
Un grand merci à elle!
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce jour, Priscille vient de mettre en ligne un bel article concernant mon travail&#8230;<br />
<a href=" http://www.zankyou.com/fr/magazine/p/faire-part-mariage-menu-calligraphie"><br />
http://www.zankyou.com/fr/magazine/p/faire-part-mariage-menu-calligraphie</a></p>
<p>Un grand merci à elle!</p>
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		<title>DE LA CALLIGRAPHIE premier article!!!</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Dec 2009 11:28:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Natsou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici le lien vers un article en ligne que Noémie Rocher a rédigé sur son blog, GALERIE NOÉMIE&#8230; un grand merci!!!
http://blog.galerienoemie.com/
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Voici le lien vers un article en ligne que Noémie Rocher a rédigé sur son blog, GALERIE NOÉMIE&#8230; un grand merci!!!</p>
<p><a href="http://blog.galerienoemie.com/">http://blog.galerienoemie.com/</a></p>
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		<title>TA PEAU</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Dec 2009 10:53:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Natsou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[IMPACTS (Nouvelles SNAC 4-1335)
Potentiellement schizophrène, j’ai réussi ce qu’on appelle, le tour de force, celui d’une presque rédemption avec option sur amnistie et tout le tralala qui peut bien coller avec le temps d’un entretien sans armes.
Par la suite, j’ai tâché d’oublier pour mieux me souvenir que je venais de tomber par ma seule faute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">IMPACTS (Nouvelles SNAC 4-1335)</p>
<p style="text-align: justify;">Potentiellement schizophrène, j’ai réussi ce qu’on appelle, le tour de force, celui d’une presque rédemption avec option sur amnistie et tout le tralala qui peut bien coller avec le temps d’un entretien sans armes.<br />
Par la suite, j’ai tâché d’oublier pour mieux me souvenir que je venais de tomber par ma seule faute ou bien mon incapacité à me resituer dans le temps. Ou encore, l’oubli fâcheux qui m’investi dès que j’ai l’esprit tourné. Je dois le faire exprès, mais ça, malheureusement, je ne le sais pas.<br />
J’ai refusé le droit d’accès à quiconque se présentait humblement à la porte de mon affectif, par simple peur de ne plus être aimée un jour, de me retrouver inutile, sans intérêt, dénuée de toute valeur. J’ai simplement eu peur d’être aimée, alors j’ai renversé la situation dans son contraste le plus absolu pour m’établir victime de mes rencontres et de mes choix et ainsi, mieux pleurer toute une vie durant.</p>
<p style="text-align: justify;">De guerre lasse, comme les enfants dont le crime est l’énervement causé par la question entêtante qui n’accueille aucune réponse, je me suis couchée, courbattue, fluide de moi-même, sans envie de vie, flasque un peu aussi, et j’ai pleuré. Encore. Quand on née  « fille » on sait que la vie sera curieusement plus cruelle avec soi qu’elle ne le sera avec le petit frère, car lui, tous ces stratèges, il n’en a cure et c’est tant mieux. Et ça, tous les petits frères du monde le savent. Ça doit être inscrit dans leurs gènes. Ça doit passer du mental de Dieu dans celui des pères. Mais il s’agit là d’un autre débat.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aime la peinture. J’aime le nu. J’aime la peau. J’ai même posé quelques fois pour un peintre en mal de modèles. Je me disais que ça me réconcilierait avec mon corps. Pas faux. En y réfléchissant bien, j’ai même traîné mon âme un certain temps dans cet atelier. Au début, il y avait 5 élèves. Au bout de trois séances, l’assiduité avait fait des petits. Le professeur refusait les entrées. Mais là encore, difficile d’admettre le réel pourquoi. Je ne me sens pas jolie. Je me sens différente.</p>
<p style="text-align: justify;">Les hommes, je les connais. Je les aime, je crois. Dans l’adversité que je leur confère, je dois les aimer. Mais, assez mal en fait. En retour, je ne reçois qu’un miroir atrocement fissuré de ce que je suis, de l’épouvantable être qui sommeille, comme un démon prisonnier au centre de ce que seraient mes sentiments, bien logés dans les kilomètres d’intestins.<br />
La langue est un moyen de reconnaissance abordable. Pour tous. Elle se compose d’une multitude de garnitures cyclopes, roses, variante agréable si j’en crois mes oreilles et mes doigts, de celle des chats, qui gouttent en raclant et non en dégustant.<br />
Les gens se trompent en général, évidemment, mais si l’on regarde d’un peu plus près les aspérités de cette surface molle et dure à la fois, on se rend bien compte que la langue voit. Quelle devine en regardant de tous ses yeux écrabouillés sur l’objet de convoitise, le goût, à découvrir. Et pourtant, elle est aveugle. C’est de l’excitation pure.<br />
Pardon. Pardon à ceux que j’ai goûté et que j’ai fâcheusement oublié de remercier.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a ceux dont le goût est torride, puis d’autres dont il est acide, enfin, frelaté ou encore quotidien. Ma langue me sert de sonar, j’en use avec parcimonie puis j’en abuse enfin, mais ça, je ne devrais pas le dire si vite.<br />
Ma langue est peau.<br />
Toute ma vie n’est qu’histoire de peau.<br />
Toute ma vie n’est qu’histoire de langue.<br />
De peau et de langue, de goût et de texture. J’aime le camembert et le Nutella ensemble dans le pain de mie Harris.  Ainsi que les gros m&amp;m’s à la cacahuète enfournés en lot multicolore dans le fond d’un quignon de pain dégarni de sa mie. C’est une histoire de matière, de texture, de sensation sous les dents. Comme un sable mou étalé sur les tranches émaillées. On en grince de façon sourde. J’aime mordre dans le tendre du bras ou celui du ventre ou encore le rond interne de la cuisse. Les fesses aussi.<br />
Et les bébés.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis fan de ma peau. De celle de mes doigts, surtout. Je n’ai qu’un seul regret ; ne pas être capable de pouvoir me mordre les seins ou le derrière. Je m’attaque la peau des doigts. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec la peau, c’est qu’elle regorge de sensations à elle seule. Et pourtant. Selon qu’elle est sèche ou mouillée, le mordant est radicalement différent.<br />
Après le bain, je frotte l’un contre l’autre le bout de mes doigts, de leur peau toute flétrie. Je me sens nouveau-né. Je m’enroule dans la serviette de toilette et je commence mon festin. Je ne mange pas ma propre constitution, je me dépèce, puis, je recrache. Je n’aime pas la sensation de savoir que si j’avalais, j’aurais d’avantage de peau dans le ventre et les parois plus épaisses. C’est une hérésie, je le sais.<br />
Là, c’est mon moment préféré.<br />
Je saisis entre les dents de devant, le moelleux de la peau devenue blanche et je mords, d’un coup. Je sens bien les dents qui transpercent, puis qui se rejoignent. Ensuite, je fais tous les côtés, avec les canines. Un peu frénétiquement. Je ne pense à rien. Je me stimule peut-être, avec des choses un peu stressantes ou importantes, généralement, que je n’aie pas eu le temps de terminer.<br />
Une fois que j’ai fini, je reste tranquille. Je repose mes mains, je respire et je me calme. Il me faut un peu de temps pour récupérer. Je crois qu’à la seconde où j’arrête, je me pose beaucoup de questions  Pourquoi ai-je fait ça ? Depuis combien de temps suis-je dans la salle de bains ? Quelle heure est-il ? Quel jour sommes-nous ?  Je vis alors comme une rupture de temps de courte durée, mais je sombre dans l’angoisse et je tombe alors, bien qu’assise. Cela ne dure qu’une seconde, je crois.<br />
Mes doigts sèchent et je peux constater que ce n’est pas pire que la veille. Je suis rassurée.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la peau des doigts doit être consommée sèche, c’est à risque, mais j’aime ça. En général, je m’y prends comme pour le cas où celle-ci est mouillée et souvent, je croque un peu trop loin. Comme dans une pomme. Je saigne. Au début, je n’aimais pas franchement le goût métallique du sang mais depuis, je m’y suis habituée et je dois dire que j’y prends goût. Parfois même, je croque plusieurs fois, d’affilée, de façon à maintenir la plaie. Ça n’arrive pas tous les jours car c’est un peu handicapant à la longue et les gens finissent par me regarder d’un drôle d’air.<br />
Il est nécessaire que je me fasse oublier dans ces moments-là. Quelques jours suffisent.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand je l’ai rencontré, il y a 18 ans, je l’ai mordu. Je ne mentirai pas en disant que j’en avais une envie folle. Il y a des gens comme ça, qu’on a bêtement envie de mordre. On sait bien que ça va faire mal, mais la sensation de mordre, pour quiconque mord, est extraordinaire. C’est une sensation étourdissante. L’autre doit en général crier, puis se débattre, c’est ce qui excite, mais en fin de compte, ça ne fait que nourrir cette pulsion du nerf, direct via la dent. C’est comme de mordre dans de grosses moules sans crème ou un malabar pré mâché. C’est à la fois spongieux, résistant et plein.<br />
On s’est sauté dessus, presque sans préliminaires. On savait déjà que le temps était compté, et qu’une seule nuit ne nous suffirait pas.<br />
Une nuit et hop ! Tous mes espoirs envolés avec le bipède en question, valeureux pourtant, mais trop noble en fin de compte, trop tiraillé entre une autre et moi-même (déjà la douloureuse sensation d’être la seconde) trop beau, trop calme, trop propre. Pas de massages sensas ni sensuels, mais beaucoup de sport pour une seule fois. Surtout optionnée sur cabrioles et rigolades. À 16 ans, on peut encore rigoler comme des crétins, c’est la période ou l’idiotie est acceptée, pendant l’amour. Ça désinhibe<br />
À 34 ans, quand on se retrouve au détour d’une conversation animée et le sentiment de  &laquo;&nbsp;Vous avoir déjà-vu quelque part &laquo;&nbsp;, la partie doit se jouer fine, car on fait partie de ce petit pourcentage d’humains qui ont littéralement zappé, la nuit d’il y a 18 ans et même pas exprès. C’est dire si le sentiment « non-inconnu » peut être justifié. On se plait à se laisser aller, et même après dans la confidence, au téléphone, quand le jeune homme que la vie a aguerri, déclare s’être astiqué sans équivoque le soir de la première rencontre, renforce ce sentiment de complicité qui vient d’ailleurs.<br />
On se sent proche de l’être, alors que nos cellules viennent de se découvrir. Enfin, qu’elles ont oublié qu’elles s’étaient déjà rencontrées, mais ça, le début de l’histoire ne le révèle pas.<br />
Un jour, on pousse plus loin dans la discussion, sans ambages, histoire de  pouvoir asseoir correctement ce qui ressemble à s’y méprendre, à de la relation  1 partout  Je gagne du terrain autant que toi et voilà, c’est juste une évidence.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains bonheurs glissent doucement, il suffit d’attendre le tendre moment de la piste savonnée et heureusement tiens. Sinon ce ne serait pas franchement drôle et tout ça ressemblerait à un sitcom des plus niais.<br />
Et nous nous sommes hâtés vers cette glissade en ce jour de déjeuner sous des airs de « Tout est parfait » comme tout est beau. Tiens, on reprendrait bien de la frisée avec des œufs mayo.<br />
-    Mais on se connaît depuis des années en fait !<br />
L’heure a sonné, comme un réveil trop strident, et mal programmé.<br />
-    Je me rappelle maintenant et on a même couché ensemble. Je me souviens de ton appart et de l’orientation de ton clic-clac…<br />
Et comment ai-je fait pour oublier ? Comment ne t’ai-je pas reconnu ?  Tout me revient, c’est un peu brutal, c’est comme si je me réveillais d’un sommeil de 100 ans avec la migraine.<br />
Séquence émotion.<br />
-    Qu’est-ce que j’ai chaud, pas toi ?<br />
On a repris de la frisée et des œufs mayo. Surtout de la mayo. Elle était fraîche et tendrement montée au poignet. Je les reconnais de suite les mayonnaises maison. Et puis je suis descendue aux toilettes.<br />
J’ai fait ce que font toutes les femmes dans les films, qui descendent aux commodités.<br />
Je n’ai pas fait pipi.<br />
Je me suis regardée dans le miroir. Un peu gravement. Je me suis lavée les mains. Puis séchées sous le souffle chaud bouillant et sec. J’avais les bagues en feu. J’ai soupiré en me regardant encore. J’ai retroussé les babines. Pas d’aliment coincé. On se recoiffe, on se mouche en prévision et finalement, on remonte nonchalamment les marches si prestement dévalées pour la cause nommée. On est resté longtemps en tête à tête avec soi.<br />
Comme pour se venger, il est descendu après moi en ayant pris soin de me demander de garder ses affaires. J’ai pensé qu’il en aurait pour 2 secondes, vu qu’un homme aux toilettes y va toujours vraiment. Même dans les films.<br />
J’ai attendu debout pratiquement un quart d’heure et entre temps, on venait de nettoyer notre table et de la donner à deux inconnus qui battaient de la semelle au comptoir en me regardant d’un drôle d’air.</p>
<p style="text-align: justify;">Nerveusement, j’ai commencé à m’attaquer la peau des doigts. J’ai cessé presque immédiatement. J’ai terminé à l’ongle du pouce voisin. Ça demandait un certain effort pour une certaine concentration, mais c’est en y venant à bout de façon très discrète que là, je me suis dit que ça en valait la peine.<br />
Il m’a chatouillé par derrière, de ses deux mains avides de l’épaisseur de ma taille. Dans ces cas-là, c’est la gifle assurée. Je me suis contenue .<br />
-    J’ai horreur de ça, heureusement que c’est toi.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus tard, beaucoup plus tard, il a chatouillé mon tatouage bleu. Et le nombril et même en remontant vers mes dunes. Je n’ai rien dit, tu penses, j’adore ça.<br />
J’ai retenu mon souffle.<br />
Je l’ai mordu de plaisir. Il a gémi de douleur. Bah ! encore, mais au fond, alors, il ne s’est même pas durci le cuir, un peu ? J’ai recommencé. C’est comme les chiens qui s’attaquent aux moutons une fois. Ils recommencent car ça les rend dingues. Ça me rend dingue de mordre. Mais de le mordre lui, c’est encore plus vrai. C’est mon camenbert-nutella tout à la fois et le pain de mie Harris aussi.<br />
Je lui ai tatoué des cœurs un peu partout, là où me portait l’envie furibarde. Des cœurs. J’ai mordu en biais. C’était bon.<br />
Il m’a défenestré de mes sentiments, par la porte de sa bestialité. J’en ai redemandé encore. Plus d’envie autre que celle de lui appartenir, toute cette nuit-là et les autres à venir. Je venais de le trouver, celui qui contribuerait à l’évolution dentaire et nerveuse, en accord total avec mes pulsions. C’est extraordinaire, me dirait-il alors, de nous être retrouvés.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai confié de façon irréductible à cet être pour le moins sanguin, mes envies et mes fantasmes. Ainsi, chaque matin de tous ceux du monde, pourraient accueillir dans ma fraîcheur abyssale de quoi faire reverdir un jardin, le sien en l’occurrence, que d’arroser ne suffirait bientôt plus.<br />
Une petite voix pourtant résonnait en moi, comme un ronron entêtant, un petit ange nanti d’une paire d’ailes comme celui des publicités  Ne le laisse pas filer, celui-là, garde le, garde le…<br />
Mes incisives en poussaient d’extase.<br />
Ma langue aussi.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai juré que j’irais doucement. J’ai totalement juré que j’éviterais de le blesser.<br />
Je ne pouvais pas essuyer un nouvel échec.<br />
Ne le laisse pas filer.<br />
J’ai malencontreusement échoué de façon plate, à chaque fois, comme une mouche écrabouillée sur un pare-brise à grande vitesse. J’ai toujours dépassé la dose, j’ai toujours été un peu vite. Mon frère avait ce mot gentil pour moi   &laquo;&nbsp;Tu comprends d’avantage à chaque fois, tu verras, bientôt, ça ira mieux.&nbsp;&raquo;<br />
Ce n’était pas évident de trouver le bon, encore moins, celui qui accepterait de se laisser grignoter, comme ça, petit à petit. Au début, il fallait bien que je raconte des énormités pour être crédible. Après, ça donnait invariablement cette impression que j’étais dans l’attente. Mais dans quelle attente ? Que l’autre m’offre son bras ? ça donnait en plus l’illusion du double dialogue et de l’image amoureuse qu’on se souhaite pour éviter de penser que ça fera mal un jour.<br />
En général, ce n’était pas le morceau par lequel je commençais, mais quand de bonne grâce le gentil énamouré s’y prêtait, à ce jeu débile et mortel, je le gratifiais bien au-delà de ses espérances.<br />
Mais, comme je m’en suis rendu compte par la suite, mon malheur allait de pair avec le fait que je n’en avais remercié aucun.<br />
La reconnaissance, il n’y a que ça qui soit véritable. Et on l’oublie de façon si élémentaire, qu’on pourrait passer pour un crevard à force de la rechercher et de l’attendre comme le chien qui guète le bruit du pochon qui enferme à lui seul, la main mise sur un étal entier de croissants.</p>
<p style="text-align: justify;">Rodrigue a été d’une indécence rare.<br />
C’est bien le premier qui m’a proposé un plan à 3, avec son copain d’enfance. J’ai refusé. Non pas parce que foncièrement, je ne voulais pas, non, je dirai même que l’exploit m’enchantait, il s’agit juste d’être honnête et de voir de suite qu’en cas de mésentente, de désaccord sur l’alimentaire de cette expérience, je me serais sentie prisonnière. Et ça, il en était hors de question. J’ai toujours dit que je me constituerais prisonnière, le jour où je serais en présence de celui qui aurait le droit de me dévorer.<br />
C’est un droit évident et indentifiable, mais non prévisible.<br />
Aussi, eux deux, multiples d’eux-mêmes, face à un « moi » seul et irrémédiablement sans défense, je n’aurais pas pu lutter. J’ai refusé.<br />
Loin d’être vexé, il a débarqué dans ma nuitée, toute chair laiteuse en avant, poussé par son orgueil en forme de sapin et ses déco de Noël en avance sur l’heure.  Le tout, bien niché dans le haut de ses cuisses.<br />
J’ai ri, puis je me suis réfugié dans l’envie. Ça me déclenchait de terribles pulsions, ces petites visions là.<br />
Je l’ai embrassé un peu goulûment puis je lui ai mordu la langue. Ça m’amuse à chaque fois. On dirait un mollusque qu’on vient de vexer. En même temps ça gigote comme si ça possédait des bras et un corps.<br />
Alimentaire et nécessaire à la fois donc. Ça me rend dingue. C’est comme l’odeur du sang. Je suis de plus en plus sensible à ces chaleurs bouillonnantes et humaines, sensibles et insoupçonnables. Je les détecte. Je les fais miennes. J’ai besoin de les identifier avec toutes les petites mains de mes narines, comme des capteurs microscopiques, de les comprendre, d’en faire le tour, de goûter avant de consommer.<br />
Ça me prend les tripes et je me situe et constitue partie intégrante de mon être, tout en étant détachée un peu, bien au centre des deux autres « moi » ; c’est comme si je possédais une immense langue, longue et souple, rose et à la fois épaisse de chairs multiples et variées, comme reconstituée de ses trophées.</p>
<p style="text-align: justify;">Avoir goûté l’autre me donnait probablement le droit dans l’absolu, à l’absolution de moi-même. En tout cas, c’est ce que je me suis dit quand le preux sapin s’est dressé, de toute sa hauteur, et a entrepris, ce que tout bûcheron respecte sa vie durant : me scier les genoux.<br />
Je n’étais plus qu’un jouet cassé, j’aurais pu d’ailleurs, être retrouvé au fond d’un coffre au parfum d’enfance, des dizaines d’années plus tard, entre un soldat de bois peint sans bras et une danseuse unijambiste, au tutu bleu et troué.<br />
Mais non. J’ai juste eu la sensation d’être tombée sur deux rotules usées d’avoir été traîné de force dans cet endroit, au quotidien reconnu.<br />
Il s’est tout de même comporté comme le plus inexpérimenté des amants. Il m’a retourné sur le ventre comme un rosbif, m’a lacéré le dos de ses ongles pourtant inexistants et sales malgré tout, puis, comme une punition extrême, m’a donné la fessée brûlante, qui claque et qui fait mal.<br />
Je n’ai pas aimé.<br />
Dans mon esprit, ça a claqué aussi.<br />
À bien y réfléchir, je crois que c’est à ce moment-là que j’ai explosé, que ma main s’est transformée en arme tranchante et que mes mouvements, saccadés jusqu’alors, sont devenus mécaniques, comme mués par une force étrange et menaçante.<br />
Il gisait là, sur le dos, je venais de le frapper à la gorge, avec le revers de ma main et le prolongement du bras. J’ai bien vu la tête qu’il avait et surtout le geste de se prendre la gorge des deux mains. J’ai bien entendu un étouffement significatif. Mais je n’ai pas bougé. C’est comme si ma conscience m’avait dit « chut » un doigt sur ma peur.</p>
<p style="text-align: justify;">Il commençait à se noircir à l’endroit où j’avais frappé. Je l’ai attrapé par les épaules en le secouant. Sa tête partait dans tous les sens comme celle d’un nourrisson. J’adore les bébés. Mais ce n’était pas le moment de faire le tri dans mes préférences.<br />
Aussi, quand j’ai pris réellement conscience de ce qui se passait, j’ai paniqué et j’ai pleuré. Un peu. Surtout car j’ai du mal à mentir et que j’ai été envahie par le manque de mensonge à raconter. Il faudrait bien que je raconte quelque chose de toute façon. Je me suis mise à trembler comme une feuille. Je réfléchissais. Et puis j’ai eu terriblement froid aussi. J’ai pris une douche brûlante. Quand je suis retourné près du corps, il n’avait pas bougé d’un pouce. Je m’apprêtais à le porter, aussi lourd fut-il dans la baignoire, et l’immerger, quand la pire des idées m’a tapoté sur un coin d’esprit.<br />
Je l’ai tout d’abord écarté d’un geste ample, presque avec le bras énervé.<br />
Mais elle était là, elle me regardait avec ses yeux fixes et attendait que je la considère également. Elle est resté dans l’embrasure de la porte, les bras croisés. Je ne bougeais plus. Des fois qu’elle aurait eu envie de me sauter dessus.<br />
Quand je me suis retourné pour la regarder dans le blanc des yeux, j’ai su à cet instant précis, que je ne pourrais plus revenir en arrière.<br />
Je me suis penché vers ce corps en érection et imperturbable. J’ai appuyé fort de l’index à plusieurs endroits dans la peau encore chaude.<br />
J’ai pincé ces mêmes endroits.<br />
J’ai attrapé entre mes ongles la peau et j’ai soulevé partout où mon regard se posait en premier.<br />
Rien. Toujours aucun signe de vie.<br />
La pomme d’Adam de ce cou sans vie était plate et j’ai compris qu’elle le resterait. J’ai même passé le doigt dans cette cavité fraîchement creusée.<br />
Très bien. Je me suis levée et bien au-dessus de cet amas blanc, debout, mais penchée, j’ai entièrement griffé puis labouré à coups d’ongles la surface immaculée.<br />
J’étais très en colère parce que ce mec venait de clamser chez moi, sans avoir pu aller jusqu’au bout de cette nuit torride en prévision, m’abandonnant dans mon extase. J’étais vexée et ennuyée.</p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, une fois l’horreur accomplie, je me suis couchée.<br />
Je me suis endormie  comme si je ne voulais pas réellement voir, les yeux dans les yeux, le résultat de mes attentes.<br />
Après le réveil en sursaut et le cœur galopant je me suis sentie fraîche et aussi innocente que l’enfant. J’ai pourtant pleuré pour de vrai, de ce que j’ai découvert. Le pauvre hère n’avait apparemment plus rien d’humain. Au vu de ma constitution, il était difficile de penser que j’avais pu être en être l’auteur. Mais sait-on jamais.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, comme j’ai réalisé que mon festin était prêt, j’ai souri d’aise, comme un bébé. J’adore toujours les bébés. Je me suis attablé. J’ai coupé en tranches fines ce qui m’intéressait. J’ai commencé par le moelleux des cuisses étonnement puis, j’ai retourné sur le ventre le grand corps. Ça a fait un drôle de bruit. Comme une outre qu’on renverse en grosse flaque. J’ai regardé. Par la bouche, du sang venait de couler sur tout le plancher. Il y en avait partout. Ce serait dur de nettoyer ça. Heureusement qu’il n’y avait pas de moquette. J’ai récupéré un torchon et une éponge dans la cuisine ainsi qu’un plat à lasagnes. J’ai introduit le torchon entier dans la bouche, j’ai eu un peu de mal, mais en forçant, j’y suis parvenue. Ça a un peu craqué au niveau de la mâchoire, mais tout est rentré, et c’était bien le principal. J’ai continué à découper en tranches fines des sashimis de fesses. Dans le sens des muscles. C’est meilleur.<br />
Une partie crue.<br />
Une autre cuite.<br />
J’ai enfourné le plat à lasagne à 130°. Ça embaumait dans tout l’appart. Ça sentait le cochon grillé. On m’aurait demandé, c’est ce que j’aurais répondu.<br />
Le reste, au congélateur.<br />
Les os, j’avoue, je n’ai pas trop su quoi en faire.<br />
C’est ce qui m’a trahie. Je n’avais pas de scie et entiers comme ça, dans un grand sac-poubelle, ce n’est pas passé. Sans parler du sang qui collait sur le plancher, sous les pieds, sur les mains, j’en avais même dans les cheveux et sur les joues…<br />
Un véritable calvaire à nettoyer, j’ai pensé.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la gardienne qui m’a vue descendre avec mes débris. En plus c’était lourd. Je laissais le paquet ricocher de marche en marche. Ça faisait un boucan de tous les diables. Elle est toujours derrière son judas à regarder qui vient, qui sort. Tu parles, elle ne pouvait pas me louper. Pourtant il était tard ce soir-là, mais quand bien même. J’ai dit que j’avais gagné un porc à un méchoui. Elle m’a regardé sans rien dire. Elle regarde toujours sans rien dire. Elle ne demande rien. Jamais. J’ai fait comme d’habitude, j’ai parlé la première. Je me suis dit que ça lui éviterait d’aller fouiller après mon passage. J’étais sûre qu’elle irait aux poubelles regarder ce que j’avais jeté et  SURTOUT  vérifier si j’avais bien fait le tri et choisi la bonne poubelle.<br />
Je me suis trompée apparemment car elle est montée jusque chez moi avec son mari et ils ont sonné.<br />
Plusieurs fois. Ils ont tambouriné à la porte en hurlant. Ça va, c’était juste une erreur de poubelle. Ils pouvaient bien régler ça eux-mêmes. Je suis restée silencieuse. Ils ont continué de frapper comme des dingues à ma porte. J’ai eu peur. De son mari surtout. Je ne comprends jamais quand il parle et en plus il postillonne beaucoup.<br />
Je n’ai jamais ouvert ce soir-là.<br />
J’ai pensé que j’irais m’excuser le lendemain. Son mari serait parti travailler, je serais toute seule face à sa femme…</p>
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		<title>RUE &#171;&#160;M&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Dec 2009 10:51:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Natsou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[IMPACTS (Nouvelles SNAC 4-1335)

-    Et vous l’avez tué ?
-    Oui bien sûr que je l’ai tué
-    Vous étiez ivre ?
-    Ivre ?… Oui, de ce qu’elle était pour moi, oui, je pense que j’étais ivre
-    Non je voulais dire, vous aviez bu ?
-    Juste un peu
-    Comment cela s’est-il passé ? C’était un accident ?
-   [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">IMPACTS (Nouvelles SNAC 4-1335)<br />
</span><br />
-    Et vous l’avez tué ?<br />
-    Oui bien sûr que je l’ai tué<br />
-    Vous étiez ivre ?<br />
-    Ivre ?… Oui, de ce qu’elle était pour moi, oui, je pense que j’étais ivre<br />
-    Non je voulais dire, vous aviez bu ?<br />
-    Juste un peu<br />
-    Comment cela s’est-il passé ? C’était un accident ?<br />
-    Je ne sais pas… Je ne sais pas ce que vous entendez par accident. Si vous préférez que je vous dise qu’elle m’avez énervé quand je conduisais alors oui, c’était un accident. Sinon, non… Enfin, ce n’est pas très clair<br />
-    Allez-y, dites- moi<br />
-    Mais je n’en sais rien, je ne me souviens même pas<br />
-    Et ses mains, ses poignets, vous ne vous en souvenez pas ? C’est comme si elle avait essayer d’écrire votre prénom à l’aide d’une lame sur sa peau, ça ne vous dit rien ?<br />
-    Non<br />
-    Non ?<br />
-    Pas grand-chose en tout cas. Ça m’évoque la satisfaction, peut-être. Je pense qu’elle m’aimait un peu alors, non, vous ne pensez pas ?<br />
-    Ce n’est pas à moi de savoir pour vous, je m’en fous, j’essaie juste de comprendre où vous voulez en venir<br />
-    Oui et alors, qu’en dites-vous ?<br />
-    De quoi ?<br />
-    De ce qu’il y a dans ma tête<br />
-    J’en dis que vous êtes dingue voilà. Vous avez tué une fille que vous ne connaissiez même pas et là vous me dites que vous pensez à la satisfaction d’avoir votre prénom sur son poignet. Vous réalisez un peu ce que vous racontez ? Vous vous condamnez comme un criminel en fait…<br />
-    Je ne suis pas un criminel, je n’ai tué personne !<br />
-    Attendez, vous me prenez pour une imbécile ou quoi, vous m’avez dit  à l’instant que vous aviez tué cette fille, alors ?…<br />
-    Oui mais vous mélangez tout là, doucement. Elle est marrante. On ne tue pas les gens comme ça. Vous êtes un peu compliquée Mademoiselle.<br />
-    Vous vous foutez de moi<br />
-    Non, j’essaie juste de vous expliquer que j’ai tué quelqu’un que je n’ai pas tué en fait<br />
-    Je comprends rien<br />
-    Oui je vois ça<br />
-    Pourquoi riez vous ?<br />
-    C’est vous qui me faites rire<br />
-    Ah !Oui, et vous vous me faites pleurer, vous êtes malade !<br />
-    J’ai trouvé cette fille en l’état, déjà morte<br />
-    Mais vous m’avez déclaré tout à l’heure que vous étiez avec elle dans la voiture que vous conduisiez<br />
-    Oui, mais ce n’était pas vraiment moi au volant<br />
-    Ça y’est, on est reparti… Bon alors, c’était qui ?<br />
-    C’était l’autre<br />
-    Mais qui, quel autre ? Merde, ça vous arrive de vous exprimer normalement<br />
-    Vous savez, la normalité…<br />
-    Oui bon aller stop je veux juste savoir comment vous…<br />
-    Vous par exemple, votre vie vous pèse. Tenez, montrez moi votre poignet, je vais vous interpréter les pouls chinois<br />
-    De quoi, mais rien du tout, c’est une blague ou quoi<br />
-    Non, parfois les pouls parlent énormément, mais là, juste en vous regardant, je peux savoir si vous êtes en forme ou pas et apparemment, vous ne l’êtes pas du tout, je me trompe ? Votre ami vous a quitté et vous n’avez pas de nouvelles de lui depuis votre dispute et je vous sens en colère. Vous croyez qu’il le fait exprès, qu’il vous délaisse, mais pas du tout ! Il était à l’hôpital oh ! Trois fois rien, juste un petit accident. Il a beaucoup pensé à vous, il voulait vous dire qu’il vous aimait, mais il était un peu tard. Ah ! Mais vous pleurez. Donnez-moi votre main, je sais ce que c’est que de perdre un être cher. Moi-même, je me suis perdu, il y a longtemps<br />
-    … Mais qui êtes-vous ? Vous êtes dingue, aller ça suffit, je reviens, vous ne bougez pas… À moins que vous ne disparaissiez aussi à l’occasion ?<br />
-    Seulement si je le souhaite véritablement<br />
-    Vous êtes fatigant<br />
-    Vous ne souhaitez pas qu’on en finisse d’abord ? Ce serait plus simple, je termine mon histoire, après, je vous laisse tranquille d’accord ? En fait, ce que vous voyez n’existe que dans votre esprit. Ça s’est passé dans un pays qui n’existe plus. On a pas besoin de connaître les gens pour les emmener en voiture. Il était tard, il faisait nuit, elle avait un peu bu et un ami s’est proposé pour la raccompagner chez elle. Il faisait chaud encore, elle n’était pas très couverte. Ça lui a donné des idées à ce garçon. Elle a eu un peu peur. Elle a tiré sur sa jupe afin de couvrir ses genoux, mais en vain, elle ne la rallongeait pas. Elle s’est débattue, lui conduisait, mais ne tenait pas correctement son volant, ainsi, la voiture s’est déportée. L’accident était inévitable. Elle délirait et puis, elle est tombée dans le coma. Lui n’avait pas une égratignure. Ce n’est pas juste n’est-ce pas ? Evitez de monter avec n’importe qui en voiture.<br />
-    Pourquoi vous racontez tout ça ?<br />
-    Vous ne trouvez pas qu’elle vous ressemble un peu cette fille ?<br />
-    Arrêtez maintenant, ça suffit, ce n’est pas moi, vous essayez de m’endormir avec vos histoires minables. Je vais sortir et quand je serai de retour, vous serez parti, je ne veux plus vous voir<br />
-    Je ne peux pas partir, je ne peux pas te quitter<br />
-    Ecoutez on ne se connaît pas, inutile de me tutoyer d’accord ? On se lève et puis vous sortez, vous volez, vous grimpez, vous faites ce que vous voulez, tiens, je me retourne, je compte jusqu’à trois et vous disparaissez, on ne s’est jamais vu<br />
-    Je te suis depuis des années, tu sais, ne me dis pas que tu l’ignores ? Je suis dans toutes tes pensées, tes actions et parfois, j’arrive même à te prévenir. Petite, tu voyais des choses extraordinaires, mais personne ne te croyait. C’est grâce à moi pourtant que tu as pu te sortir de bien des ennuis.<br />
-    Mais qu’est-ce que vous me racontez ? Qui êtes-vous ? Mais c’est un cauchemar<br />
-    Tu ne te souviens pas de ce que tu voyais ?<br />
-    Mais enfin, tous les enfants voient des choses étranges, voilà, moi ou une autre et puis de toute façon, c’était dans ma tête. Les enfants se racontent des histoires, c’est comme ça.<br />
-    Pourtant toi, tu les voyais bien ces personnages ? Tu pleurais de devoir rester seule avec eux, c’est pour ça que j’étais là moi, on jouait à les éviter ensemble, tu ne te rappelles pas ?<br />
-    Qui êtes-vous enfin ?<br />
-    Je suis comme on dit, une partie de ta conscience, de ton monde sombre. Je savais qu’en nous revoyant aujourd’hui, tu ne me reconnaîtrais pas. Tu étais bien trop petite, pourtant, je n’ai pas changé.<br />
-    Mais vous rigolez, vous êtes effrayant, vous avez vous la tête que vous avez ? Vous m’auriez fait peur oui. Ça suffit maintenant, arrêtez là, j’en ai croisé des tarés, mais des comme vous, jamais !<br />
-    Les enfants n’ont pas peur de la laideur<br />
-    Mais bien sûr…<br />
-    Te souviens-tu de la rue « M » ?<br />
-    Qui vous a parlé de ça ?<br />
-    Toi<br />
-    Impossible<br />
-    Pourtant, c’est vrai, c’était le nom d’une rue<br />
-    Je sais très bien ce que c’était. Qui vous a parlé de ça ? Je n’en ai jamais parlé<br />
-    À personne ?<br />
-    Personne<br />
-    En es-tu sûre ?<br />
-    Affirmatif<br />
-    Tu ne te souviens pas de ce petit garçon au visage brûlé, que tu défendais comme ton frère ?<br />
-    Je n’ai pas de frère<br />
-    Je sais. Mais n’élude pas la question. Tu en t’en souviens pas ?<br />
-    C’est insupportable que vous continuiez à me tutoyer, bon sang, je ne vous connais pas !<br />
-    La rue « M » Mathilde, c’était ta rue, celle de tes après midi sans école, qui accueillait tes jeux, là où les livres devenaient magiques et fabriquaient de vieilles pièces de monnaie dès que tu les ouvrais. Tu t’en souviens maintenant ?<br />
-    Je ne m’appelle pas Mathilde. Je suis fatiguée, laissez-moi, je ne sais pas ce que vous voulez, laissez-moi, partez<br />
-    Mathilde c’était le nom de la rue, tu l’avais adopté comme ton propre prénom. L’hôpital dans lequel le petit garçon a été transporté après cet accident qui l’a défiguré était dans la même rue, tu as oublié ? Ce petit garçon dont tu ne veux pas te souvenir. Pourquoi tu ne veux pas t’en souvenir, tu en as peur ?<br />
-    Mais je ne sais pas qui est ce petit garçon, je ne sais pas ce qu’est cet hôpital, je ne comprends pas. Je vous demande pour la dernière fois de me laisser tranquille. Je vais sortir un instant, vous partez s’il vous plait<br />
-    Mais tu ne peux pas sortir, regarde autour de toi, sais-tu où nous sommes ?<br />
-    …<br />
-    tu m’as l’air perdue dis donc. Nous t’attendons pour ton jugement, mais ne t’inquiète pas, tout va très bien se passer.<br />
-    Quoi ? C’est quoi ce jugement ? Ce n’est plus drôle du tout maintenant, c’est une blague c’est ça ?<br />
-    Mathilde<br />
-    MAIS JE NE M’APPELLE PAS MATHILDE<br />
-    Ce n’est pas grave. Tu ne me reconnais donc pas. Regarde bien ce visage. Pourquoi crois-tu que la petite fille que tu étais et qui défendait ce petit garçon avant l’accident est devenue si amnésique, dis-moi ? Tu ne sais pas ?  Tu as dû oublier, mais je vais te le dire Mathilde. Souviens-toi. Pour jouer à la sorcière tu l’as badigeonné d’huile de la tête aux pieds. Il a été brûlé au 3éme degrés, après avoir été exposé aux flammes de l’énorme torche que tu tenais. Ses cheveux ont flambés. Tu riais parce que ça sentait le cochon grillé. Tu l’as entendu crier et tu l’as vu se tordre de douleur, alors tu as pris peur. Mais ce n’était qu’un jeu dans ton esprit, je le sais bien. Il a été transféré d’urgence à l’hôpital. Tu as dit que tu ne savais pas ce qui s’était passé. Tu l’as juré à tes parents. Tu pleurais de peur. Tu as déménagé et tu as laissé la rue « M » et le petit garçon, sans te retourner. Tu te souviens maintenant, Mathilde ? Regarde-moi, tu t’en souviens n’est-ce pas ? Tu croyais que plus jamais personne ne t’en parlerait, dis-moi, c’est ce que tu croyais ?<br />
-    Je ne sais pas, peut-être… Oui…<br />
-    Comment ?<br />
-    Oui<br />
-    Plus fort !<br />
-    OUIIIII<br />
-    Ah ! alors, tu me reconnais ?<br />
-    Mais c’est impossible, tu es mort depuis des années, tu es mort de tes blessures, je me souviens<br />
-    C’est bien, la mémoire te revient. Et te souviens-tu être venue me voir ?<br />
-    Te voir ? Mais où ? Tu étais mort, je ne comprends pas<br />
-    Justement, j’aurais aimé que tu viennes me voir, que tu penses à moi, même un peu<br />
-    Mais enfin, je ne saisis pas ce qui se passe, pourquoi je te vois alors ? Tu es venu pour me tuer c’est ça ? Mais j’étais enfant, je ne savais pas ce que je faisais !<br />
-    L’enfance est belle Mathilde, parfois les enfants la rendent cruelle aussi. Ce n’est pas parce que tu étais enfant que tu n’as pas compris ce que tu faisais.<br />
-    Mais si, c’est pourtant ça, je ne savais pas ce que je faisais<br />
-    Alors pourquoi as-tu menti ?<br />
-    Je ne sais pas, j’ai eu peur je crois<br />
-    Tu crois ?<br />
-    Peut-être… Que vas-tu me faire ?<br />
-    Moi ? Mais rien voyons<br />
-    Alors pourquoi es-tu venu ?<br />
-    Mais je ne suis pas venu<br />
-    Quoi ?<br />
-    C’est toi qui est arrivée<br />
-    C’est moi qui suis arrivée … Mais où ?<br />
-    Au Paradis enfin !<br />
-    Mais qu’est-ce que tu me racontes ?<br />
-    Enfin Mathilde, mais qu’est-ce que tu crois ? Que je suis là pour te faire la peau ? Mais ne pleure pas…<br />
-    Ben, je ne sais pas, je ne sais pas quoi dire, sans doute que oui, tu serais en droit de le faire… Enfin, je veux dire, que je m’excuse, que je ne sais pas quoi te dire, voilà… J’ai l’impression de rêver, c’est ça, c’est un vrai cauchemar, ça n’existe pas, c’est ça ?<br />
-    Quelqu’un s’en est chargé à ma place<br />
-    De quoi parles-tu ?<br />
-    De te tuer bien sûr<br />
-    De me tuer ? Attends comment ça ?<br />
-    Mais tu es morte Mathilde ! C’est incroyable, les gens mettent un temps fou à réaliser que leur vie à changer de plan. Et bien, tu en fais une de ces têtes !<br />
-    …<br />
-    Tu ne vas pas encore pleurer ? Mathilde… Écoute, c’est la roue qui tourne. Ce type qui te raccompagnait était complètement fou. Il t’aurait violé de toute façon, alors ne pleure pas. Regarde, je suis là moi. Je n’allais pas te laisser seule dans cet endroit, c’est beau, mais tellement calme. Pour faire pénitence, y’a rien de mieux, je te l’accorde. Personnellement quand je suis arrivé, heureusement que mon grand-père m’a accueilli sinon, j’aurais vraiment eu du mal à m’y faire. Figure toi que, ce qui restait de moi ne voulait pas se détacher ! C’était terrible. J’étais encore enfant, mes souvenirs restaient accrochés. C’était injuste, j’étais si jeune. Une sorte de désespoir. Mais toi, attends, tourne-toi un peu… Non, apparemment, tu n’as plus rien d’humain avec toi<br />
-    …<br />
-    Mathilde… Mais c’est pour ça que je suis là. Tu avais tellement mal que tu t’es mutilée toi-même, comme pour te punir, avec un couteau. Bizarrement, ce que tu essayais d’écrire ressemblait à mon prénom. J’ai compris que finalement cet accident avait envahi ton existence et que tu culpabilisais des années encore après. Je sais bien que tu ne voulais pas me faire de mal. À cause de la peur de ce qui pourrait t’arriver, tu as préféré te taire. Tu ne m’aurais pas rendu la vie en parlant, mais sans doute que tu aurais mieux vécu. C’est pour te pardonner que je suis là aujourd’hui. Le type de la voiture voulait vraiment te faire du mal tu sais. Ton petit ami s’est vengé. Il vous a suivi en voiture suite à votre dispute. Après votre accident, ils se sont battus violement. Vous avez été transférés dans le même hôpital pendant quelques heures.<br />
-    Je ne me sens pas très bien. Je n’arrive pas à le croire. Y’a rien pour s’asseoir… Pourquoi tu souris ?<br />
-    Parce que je ne vois pas bien ce qui pourrait t’arriver ici !<br />
-    J’ai l’impression qu’on m’a arraché le cœur. Ça fait beaucoup d’un coup, tu ne te rends pas compte on dirait…<br />
-    Si<br />
-    … Il est vivant ?<br />
-    Qui, ton petit ami ? Oui, vivant, marié, bientôt père<br />
-    Ah !… Mais, je suis là depuis combien de temps ?<br />
-    À peu près 3 heures ici, ça doit faire 5 ans je crois, je ne sais plus tout à fait sûr, ça fait quelques années que…<br />
-    Quoi !! Mais c’est abominable ce que tu me racontes là. Tu veux dire que ça fait 5 ans que je suis ici, alors que j’ai l’impression d’être arrivé tout à l’heure<br />
-    Oui, il y a 3 heures<br />
-    Arrête s’il te plait…<br />
-    Ça ne te servirait pas à grand-chose de t’énerver maintenant tu sais<br />
-    Et l’autre ? Il est mort au moins ?<br />
-    Le type de la voiture ? Non, pas encore, mais ne t’inquiète pas, il arrive très prochainement. Tu ne le rencontreras pas, tu sais, c’est très compartimenté ici. Et puis, tu restes du bon côté encore, ça va. Il y a des choses à voir dans le coin, je t’y emmènerai si tu veux<br />
-    …<br />
-    aller, c’est juste ta nouvelle constitution à accepter. Tu vas pouvoir faire des tas de choses. On apprend beaucoup sur soi ici et pas mal sur les autres aussi. Tiens, au fait, en parlant des autres, ils t’attendent. Tu viens, il faut que je te présente…</p>
<p>-    MATHIIIIILDE !!!<br />
-    OUI ?<br />
-    Qu’est-ce que tu fais ?<br />
-    Je joue maman…<br />
-    Tu joues… Tu ne crois pas que tu es un peu grande maintenant pour jouer à la poupée mon cœur ?<br />
-    Mais tu sais cette fois-ci, elle est morte et c’est un petit garçon qu’elle a tué qui vient la chercher pour la conduire au Paradis !</p>
<p>-    Vous savez, je ne crois pas que votre fille un jour prenne conscience de son âge<br />
-    Je le sais<br />
-    C’est à vous de voir ce que vous souhaitez vraiment. Nous avons de très bonnes institutions qui pourraient l’accueillir. J’imagine que votre vie ne doit pas être évidente tous les jours<br />
-    Vous savez, ma vie est extraordinaire. J’ai une fille de 26 ans qui joue encore à la poupée car elle est traumatisés depuis son enfance, alors si c’est là, le seul inconvénient à ma vie, je préfère la garder avec moi<br />
-    Mais elle est violente, vous me l’avez dit<br />
-    Oui, mais dans ses histoires uniquement. Elle n’a jamais eu de gestes violents envers qui que ce soit. Ses histoires restent personnelles, elle a souffert, elle s’en débarrasse comme elle peut<br />
-    Vous devriez y réfléchir. Nous pourrions en prendre grand soin. Je travaille avec des personnes tr ès compétentes<br />
-    Je n’en doute pas Docteur, mais je sais ce qui est mieux pour elle… Cela dit, demandez lui ?<br />
-    Ecoutez, je me doute qu’elle ne dira pas le contraire, c’est juste à votre épanouissement personnel que je pense, vous devriez y réfléchir encore une semaine, les inscriptions seront alors closes<br />
-    C’est tout réfléchi, elle reste avec moi<br />
-    Très bien</p>
<p>-    C’est moi Mathilde<br />
-    Ah ! oui, entre maman, regarde, elle est triste<br />
-    C’est vrai ? Attends, on va lui faire rencontrer un autre amoureux au Paradis, tu veux ?<br />
-    Oh ! Ouiiii….</p>
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		<title>CAILLOUX, GENOUX</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Dec 2009 10:47:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Natsou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[IMPACTS (Nouvelles SNAC 4-1335)

Je ne savais plus vraiment l’heure qu’il était. J’étais comme sorti d’un mauvais rêve, j’avais chaud, je dégoulinais de pluie et de transpiration qui me collaient les cheveux sur le visage.
Par endroits, des rivières rouges délavées serpentaient un peu sur moi comme un lierre d’automne. Mes genoux affreusement douloureux et blessés.
Je me [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">IMPACTS (Nouvelles SNAC 4-1335)</span></p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
Je ne savais plus vraiment l’heure qu’il était. J’étais comme sorti d’un mauvais rêve, j’avais chaud, je dégoulinais de pluie et de transpiration qui me collaient les cheveux sur le visage.<br />
Par endroits, des rivières rouges délavées serpentaient un peu sur moi comme un lierre d’automne. Mes genoux affreusement douloureux et blessés.<br />
Je me sentais lourde comme abattue, clouée à même le sol. J’étais pourtant libre de tous mes mouvements, adossée à un arbre telle une poupée oubliée là sous l’orage.<br />
Il pleuvait.<br />
De grosses gouttes, qui s’écrasaient sur moi.<br />
Le silence.<br />
Je n’entendais que ma propre respiration encore rapide et incontrôlée et le bruit de la pluie sur l’herbe, sur la terre brune et le bitume de la route. Un à un, j’isolais malgré moi les sons. J’étais là, sous la pluie, tout contre l’écorce encore chaude et craquante du platane qui m’abritait.<br />
L’après-midi avait été caniculaire. Ma robe de coton, pourtant légère, m’avait semblé de plomb. J’avais chaud et mes eaux se mêlaient à celles de la terre, me transformant en un insecte marron et visqueux, collant de sang et de sueur.<br />
Je pensais à ma grand-mère qui m’emmenait à la plage quand j’étais enfant. Elle passait par « le bois des fées » sur la corniche à même les rochers, afin d’aller dénicher la minuscule plage inhabitée qui comblerait ma timidité. Je me rappelais le vent salé, la mer déchaînée, le sable de coquillages concassés, les petits fossiles à même la roche dentelée. Je me souvenais de tout. Alors je me suis mise à sangloter sans bruit. Et puis j’ai pleuré comme on pleure quand tout est perdu, fini. J’ai regardé vers le ciel à travers les feuilles et la pluie me tombait en gouttes irrégulières sur le visage et dans les yeux, traçant des sillons sombres et poussiéreux de long de mes joues, me chatouillant le menton.<br />
Mon sac était à côté de moi.<br />
Je le tenais machinalement par l&#8217;anse, la main plaquée au sol sur les touffes d’herbes salies. De petits insectes marchaient d’un bout à l’autre des brins d’herbe. Arrivés au sommet le plus pointu, ils redescendaient donnant l’impression d’être indécis. Puis ce fut bientôt une colonie de fourmis qui me couru sur les pieds et se réfugia dans mon sac. Mes chaussures étaient abandonnées un peu plus loin vers la voiture et mon gilet par terre en boule et piétiné, n’était plus identifiable<br />
Dans l’autre main, j’avais une pierre souillée de sang. Je la tenais fort, comme un cœur que j’aurais voulu étouffer entre mes doigts. Mes ongles s’étaient cassés pour la plupart. Ma robe était entièrement ouverte sur le côté, déchirée dans tout le sens de la couture. J’entendais encore le bruit du tissu fendu dans la trame comme par une lame. Je sentais encore cette odeur humaine, âcre et même en fermant les yeux, je voyais ce visage luisant de transpiration.<br />
Ses mains ont été plus rapides que l’éclair et en une fraction de seconde, ma robe a été éventrée. J’ai senti alors une force surhumaine me plaquer contre la portière métallique de la voiture. Ses doigts avides voulaient se frayer un chemin entre la dentelle de ma culotte et ma peau, mais prise d’une peur panique, je suis moi-même devenu très forte et d’un coup de pied, j’ai fait reculer la bête en la blessant de mon talon dans le genou.<br />
Bondissant en arrière de douleur, il s’est rué presque aussitôt sur moi, ne me laissant aucun répit, plus fou encore, me tirant les cheveux telle une brute. Je l’ai griffé au visage de toutes mes forces, pour l’atteindre  et lui faire mal. Il m’a agrippé la chevelure de ses deux mains puissantes me traînant debout vers lui, la tête complètement penchée en avant. Je ne voyais que le sol qui défilait et de vieilles baskets salles et trouées qui m’entraînaient dans leur course folle. Mon sac est tombé d’un coup sec directement dans le creux du coude, mes clefs de voiture elles, se sont écrasées sur le sol encore sec. J’ai hurlé de toutes mes forces, jusqu’à me faire tourner la tête.</em></p>
<p><em>J’étais seule face à un monstre, personne ne m’entendait. Personne n’était là pour me porter secours. Personne. Je me suis juste arrêtée sur cette aire ombragée afin de sortir du coffre, une bouteille d’eau. L’enfer m’est alors apparu. J’ai su à cet instant que j’allais bientôt mourir, c’était sûr, il me le disait. J’ai pensé à ma mère, mon amie qui devait m’attendre, à toute ma famille…</em></p>
<p><em>Je suis tombée.<br />
J’ai perdu mes chaussures. J’ai alors été traînée sur les cailloux et les gravillons, me blessant les genoux et m’irritant la peau du ventre. Je ne sentais plus la douleur. Il a lâché mes cheveux. J’ai eu l’impression d’avoir été suspendue dans le vide par la chevelure entière. Il respirait fort en m’insultant. Mon cœur cognait sous la peau. Le monstre était furieux et énorme. Il m’a retourné sur le dos comme il l’aurait fait d’une crêpe. Je l’ai vu enlever sa ceinture, se déboutonner et baisser son pantalon. J’étais à demie nue, à demie morte au milieu de nulle part, sous un ciel de plomb menaçant, dans lequel je voyais affluer de gros cumulus noirs, j’avais mal à la tête, une puissante migraine résonnait dans tout le crâne, j’avais mal aux cheveux aussi, j’étais blessée, salie, je gémissais de douleur et de peur…</em></p>
<p><em>Je l’ai vu se baisser, alors aussitôt je me suis débattue avec ce qu’il me restait de force dans les pieds en frappant aussi fort que je pouvais. Mes doigts attrapaient tout ce qu’il y avait de sable et autres petits cailloux sur le sol et les lui jetaient à la figure. Ses grosses mains ont empoigné mes chevilles et m’ont écarté les jambes brusquement. Tout a été très vite. Il a commencé à pleuvoir. Ma main dans sa quête folle s’est emparée du bout des ongles en la faisant rouler dans la paume, d’une pierre miraculeusement au bon endroit.<br />
Il était sur moi, il respirait comme un animal et sentait mauvais. J’étais écoeurée. Ses mains trituraient ma culotte, essayant de me l’arracher je crois. Son visage à portée de mains. De toutes mes forces, j’ai frappé son oreille de la pierre anguleuse. Il s’est retourné et m’a regardé, dangereux comme l’animal blessé, mais je n’ai cessé de frapper et frapper, une deuxième puis une troisième fois…</em></p>
<p><em>Je ne sentais plus qu’une masse de plus en plus lourde sur moi, sans mouvement, pourtant j’insistais et sans trop comprendre ce que je faisais, je continuais de frapper en criant de toutes mes forces, m’éclaboussant de sang, jusque dans les yeux, lavée par la pluie en même temps qui commençait à tomber timidement.<br />
Il ressemblait à un énorme coquelicot, lisse à certains endroits, frais et humide comme de la chair de cerise.<br />
Je me suis dégagée en poussant un cri de haine et de victoire à la fois. Il était sur le dos, les yeux grands ouverts à boire le ciel, l’oreille éclatée jusqu’à la tempe, du sang plein le visage qui lui coulait dans le nez et les yeux. J’en avais autant sur moi. La pierre en main, je m’en suis servi pour me hisser en le contournant au-dessus de la tête. Je ne voulais plus avoir aucun souvenir de ce visage abject.<br />
Alors je l’ai brandi des deux mains et j’ai écrasé tout ce que je voyais encore. Le nez, les yeux. J’ai tout réduit en bouillie à mesure que je frappais. J’adorais ça. Elle s’enfonçait de plus en plus, parfois cognant les os ou la chair en un bruit mouillé et bref. Nerveusement j’ai commencé à rire ou à pleurer, je ne sais plus très bien. J’étais parcourue de convulsions. J’ai ramassé mon sac, j’ai fait quelques pas la pierre couverte de sang dans la main.<br />
Il était là.<br />
Il ne bougeait pas.<br />
Le sol  s’est dérobé sous mes pieds. J’avais la nausée. J’ai vomi sur l’herbe. J’ai toussé aussi. Il était toujours là. Il avait bougé ? Non, non, ce n’était qu’une illusion. Ce n’était qu’un cauchemar.<br />
Epuisée, je me suis laissée tomber le long du platane. Je suis restée assise là pendant longtemps. Je ne sais pas exactement combien de temps. Les grosses gouttes étaient tièdes, elles me lavaient. Je pleurais. Il pleuvait. La terre tournait. Le ciel se mouvait doucement. J’étais assise contre un arbre au milieu de nulle part. Il était là. Je venais de le tuer. Je ne savais pas ce qui allait advenir de moi.<br />
J’avais du sang sur les mains, j’avais du sang sur le corps, j’étais toute recouverte de poudre de coquelicot. J’ai ri encore à travers mes larmes et la pluie, à travers cette folie qui me gagnait doucement.<br />
Je me suis bouché les oreilles et j’ai hurlé encore et encore, je ne m’arrêtais plus, j’en perdais la voix. Ça résonnait comme un écho fou dans ma tête, comme si je m’étais trouvée dans une chambre capitonnée.</em></p>
<p><em>Mon amie, inquiète, est venue à ma rencontre en voiture. Je l’ai vue arriver tout doucement près de moi. Elle m’a aidé à me soulever du sol. J’ai cru que j’avais des chaînes aux pieds tellement j’étais cassée en mille morceaux. Mes genoux étaient en sang. On ne parlait pas. Elle m’a installée dans la voiture. Elle a ramassé la pierre, mon gilet, mon sac et mes chaussures. Elle trébuchait un peu, saoulée par l’horreur de ce qu’elle voyait et la peur qu’elle avait du mal à dissimuler. Elle tremblait encore en me rejoignant. Elle s’est calmé peu à peu et à tracter ma voiture jusque chez elle avec un câble, pensant dès le début, que j’avais eu un problème mécanique. Je suis restée muette. Elle ne me parlait pas non plus. Je l’ai quitté quelques semaines plus tard. Je ne l’ai plus jamais revue. Notre silence fut notre pacte.</em></p>
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		<title>Dans les Yeux</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 22:29:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Natsou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;ai rédigé cette présentation sous forme de texte, pour le photographe Thibault Grabherr, relatif à son exposition présentée en ce moment à l&#8217;hôtel Scribe jusqu&#8217;en février 2010, pour laquelle quelques comédiennes sont venues se prêter au jeu du miroir de l&#8217;âme, en se laissant photographier.


Rien ne nous révèle aussi bien la personnalité et les intentions [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>J&#8217;ai rédigé cette présentation sous forme de texte, pour le photographe Thibault Grabherr, relatif à son exposition présentée en ce moment à l&#8217;hôtel Scribe jusqu&#8217;en février 2010, pour laquelle quelques comédiennes sont venues se prêter au jeu du miroir de l&#8217;âme, en se laissant photographier.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">Rien ne nous révèle aussi bien la personnalité et les intentions secrètes, que le  regard…<br />
Celui de Thibault Grabherr sur ses modèles, ses envies, ses aspirations, à su capter l’essence même  de ce miroir de l’âme, chez l’autre, sa muse : Une femme …<br />
La femme à l’état pur, celle de l’ouverture vers tous les possibles, et à travers tous ses regards à la fois espiègles, malicieux, mutins, pétillants, mouillés de lourds rêves, de secrets tourmentés, ou un peu boudeurs, pénétrants ou perçants, ou bien encore ardents  ou veloutés… au  travail conséquent du photographe s’ajoute bien évidemment, cet art d’embrasser cette conscience ouverte, cette contemplation du grand infini sur le monde et  du petit monde sur celui qui nous entoure.<br />
Thibault nous offre le plus beau des cadeaux : un voyage, une contemplation sur soi-même…</p>
<p style="text-align: justify;">Bienvenue dans ce  face à face déroutant car traité de la plus simple des façons : un déshabillé subtil de tout artifice de séduction banalisée, une concentration étonnante sur le seul point de jonction entre ce qui sépare l’âme et le corps, le croisement d’un regard et de tous les autres à la fois, avec  le nôtre et qui atteint là, probablement, sa plus haute valeur.<br />
Et tout à coup, les portraits majestueux de ces femmes comédiennes nous emportent immanquablement et  nous  permettent grâce à la force de leurs regards, à ne voir que leurs intentions propres, l’âme de chacune d’elles, toutes  les facettes possibles  du portrait sont  effleurées, et le côté morcelé et composite de ces femmes sans fards se révèle comme une évidence…</p>
<p style="text-align: justify;">À travers son travail d’une précision extrême, et d’une grande sincérité, Thibault  nous livre avec son cœur et sa conscience, une  envie  poétique et à la fois véritable de changer une petite face du monde, d’engager nos pas vers une humanité engendrée par  la  prunelle  humide de ses portraits  quasi angéliques, et nous impose à nous replacer en tant que réel spectateur, nourri par nos propres caractères, nos sentiments, qui, reflétés dans ces yeux immenses, nous renvoient l’originalité du reflet de nos émotions les plus profondes.</p>
<p style="text-align: justify;">Natsou<br />
Décembre 2009</p>
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		<title>In Celebration</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Dec 2009 04:37:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Natsou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte a été rédigé pour l&#8217;artiste peintre, Noémie Rocher, concernant une exposition quelle prépare pour le Printemps des Poètes en Mars 2010, en illustration des poèmes d&#8217;Andrée Chedid, que je calligraphierai pour certains, en regard de ses toiles.

Au commencement, il y avait  la mort&#8230;celle qui se transmet d&#8217;esprit en esprit, celle qui griffe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Ce texte a été rédigé pour l&#8217;artiste peintre, Noémie Rocher, concernant une exposition quelle prépare pour le Printemps des Poètes en Mars 2010, en illustration des poèmes d&#8217;Andrée Chedid, que je calligraphierai pour certains, en regard de ses toiles.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Au commencement, il y avait  la mort&#8230;celle qui se transmet d&#8217;esprit en esprit, celle qui griffe  l&#8217;horizon incertain de ces existences de cendres, passées et avortées,  celle des souvenirs racontés, de ces vies inconnues et si proches,  d&#8217;idées obscures et vaines oscillant entre la douleur et le bien-être,  d&#8217;obsessions et de drames, de mémoires de combats au rythme clinique  d&#8217;une batterie qui lentement se décharge.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Puis est apparue la lumière,  quasi angélique, une forme de vie à la verticale, une poussée  picturale dans le sens du flux sanguin et l&#8217;envie de transmettre aux  âmes inscrites dans ce même faisceau, la fièvre de ces mots d&#8217;antan,  rassemblés en récit, pour qu&#8217;à l&#8217;unisson, les matières noires et  profondes jaillissantes d&#8217;une base fertile cependant, s&#8217;envolent entre  le carcan et la liberté, quelque chose qui ressemble à la célébration  d&#8217;une renaissance, une lymphe phénix vaporisée par une main divine.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Noémie a depuis toujours en  elle ce &laquo;&nbsp;démon&nbsp;&raquo; des formes, cette énergie révolutionaire   de la matière et des mélanges.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Bercée par ses propres souvenirs  parfois douloureux, elle jette ces encombrements sur une toile salvatrice,  vouée à la résurrection.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">D&#8217;une incroyable envie de vivre  il est question. Toujours.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Andrée Chedid a contribué  sans le savoir par ses poèmes dans lesquels elle traite de sujets particulièrement  chers à Noémie, à l&#8217;évolution et à la canalisation de sa propre  énergie, démente et mystique.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Ces deux femmes n&#8217;étaient  sans doute pas faites pour se rencontrer et pourtant.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">L&#8217;une à touchée l&#8217;autre,  du bout des doigts, du bout de son âme et de sa plume.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">L&#8217;autre a reçu dans ses flammes  et en plein coeur, de quoi faire reverdir tous les jardins du monde.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Alors, comme un remerciement  pour cette grâce particulière, Noémie offre à Andrée l&#8217;illustration  intemporelle de ses années matinées de chocs profonds en baumes tendres,  avec pour clin d&#8217;oeil, cette exposition en forme de chemin vers la vie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">&laquo;&nbsp;des tableaux noirs, au  bord du desespoir, irradiants d&#8217;une furieuse rage de vivre, car dans  ce combat que chaque homme doit livrer contre le drame, c&#8217;est toujours  (&#8230;) la vie qui l&#8217;emporte, au prix de luttes terribles qui font l&#8217;étrange  beauté de ces peintures&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Des tableaux sombres qui finalement,  donnent envie de vivre.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">Natsou</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;">(Citation de S.Tullio)</span></p>
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